Pour un citoyen français, s'installer en Suisse est accessible grâce à la libre circulation. Mais en 2026, cette installation doit être traitée comme une restructuration personnelle, fiscale, bancaire et opérationnelle — pas comme un simple changement d'adresse.
« La Suisse ne demande pas de renoncer à quoi que ce soit. Elle demande de la cohérence, un dossier solide, et des preuves. »
1. Le permis — crédibilité économique avant tout
À Genève, l'arrivée doit être annoncée à l'OCPM dans les 8 jours suivant l'installation. Pour un entrepreneur, le permis B indépendant est requis. L'octroi dépend non du passeport, mais de la crédibilité du dossier : activité réelle, revenus prévisibles, adresse effective, assurance-maladie souscrite.
2. Fiscalité — quitter la France ne suffit pas
L'administration française examine quatre critères : foyer familial, lieu de séjour principal, lieu d'activité principale, centre des intérêts économiques. Si votre famille reste en France ou que vos revenus viennent principalement de France, votre départ peut être contesté.
3. Télétravail transfrontalier — cadre permanent depuis le 1er janv. 2026
La France et la Suisse ont ratifié le 24 juillet 2025 un avenant à leur convention fiscale bilatérale de 1966, en vigueur au 1er janvier 2026. Il pérennise le seuil de 40% de télétravail depuis la France sans réaffectation fiscale.
4. Assurance-maladie — CHF 393,30/mois en moyenne
En 2026, la prime LAMal mensuelle moyenne est de CHF 393,30 (+4,4% vs 2025 selon l'OFSP). À Genève, la prime peut atteindre CHF 530/mois en franchise standard. L'affiliation est obligatoire dans les 3 mois suivant l'arrivée — le choix entre CMU française et LAMal suisse est irrévocable.
5. Compte bancaire — conformité totale exigée
La Suisse applique l'échange automatique de renseignements (EAR) avec la France depuis 2017. Un compte suisse détenu par un résident fiscal français est automatiquement signalé. La stratégie n'est plus de cacher — c'est de structurer correctement.
Les banques attendent un dossier clair : pièce d'identité, justificatif de domicile suisse, permis, description de l'activité, source des revenus, statuts de société si applicable.
6. Créer ou transférer une activité — la substance est obligatoire
Créer une Sàrl suisse peut offrir des avantages réels : fiscalité compétitive (Genève ~14%, Zoug ~11,9%, Zurich ~19,7%), image internationale, accès à l'écosystème financier helvétique. Mais depuis les réformes BEPS et le taux minimum de 15% (en vigueur 2024), la substance est centrale. Une coquille vide ne protège plus.
- Où seront réellement prises les décisions stratégiques ?
- Où sont les clients et la relation commerciale ?
- Où est exécutée la prestation ?
- Où vivra le dirigeant à titre principal ?
- Où seront imposés les revenus personnels et professionnels ?
Checklist avant de s'installer
- Clarifier la résidence fiscale française et les revenus de source française
- Analyser l'éventuelle exit tax sur les participations détenues
- Choisir le canton selon l'imposition et le coût de la vie
- Comparer les primes LAMal avant l'arrivée (délai 3 mois, choix irrévocable)
- Préparer le dossier bancaire : origine des fonds, description d'activité
- Annoncer l'arrivée à l'OCPM dans les 8 jours
- Déposer la demande de permis B indépendant avec preuves d'activité
- Souscrire l'assurance-maladie LAMal dans les 3 mois
- Documenter en continu la présence réelle : bail, factures, agenda, contrats
La bonne expatriation n'est pas celle qui va le plus vite. C'est celle qui tient juridiquement, fiscalement et économiquement.
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